Utérus augmenté de volume, saignements menstruels abondants, douleurs qui résistent aux antalgiques : derrière ces signes et symptômes se cache souvent une adénomyose. Sonde en main, on la reconnaît sans chirurgie.
L’essentiel en 5 points
- L’adénomyose est la présence de tissu endométrial dans le myomètre, la paroi musculaire de l’utérus : d’après une revue du CMAJ (2021), l’imagerie la retrouve chez 30 % des femmes de moins de 40 ans.
- Ses symptômes principaux sont des règles abondantes et des douleurs pelviennes, qui s’estompent en général après la ménopause ; mais jusqu’à 30 % des femmes atteintes n’ont aucun symptôme.
- L’échographie pelvienne par voie endovaginale est l’examen de première intention ; elle s’appuie sur les critères MUSA, soit un signe direct ou plusieurs signes indirects (HAS, 2025).
- Sa sensibilité est de 72 % et sa spécificité de 81 %, contre 77 % et 89 % pour l’IRM, d’après une méta-analyse de 23 études et 2 312 femmes.
- L’IRM intervient en seconde intention, dans les cas douteux ou complexes ; les traitements vont du dispositif intra-utérin hormonal à l’hystérectomie, réservée aux femmes sans projet de grossesse.
01Qu’est-ce que l’adénomyose utérine ?
Définition et caractéristiques de l’adénomyose
L’adénomyose utérine se caractérise par la présence de tissu endométrial (la muqueuse utérine) dans le myomètre, la paroi musculaire de l’utérus. Sous l’effet des hormones du cycle, ces foyers entretiennent une inflammation du muscle utérin, qui s’épaissit et devient globuleux. D’après une revue du CMAJ (2021), l’imagerie la retrouve chez 30 % des femmes de moins de 40 ans.
Différence entre adénomyose et endométriose
Dans l’endométriose, des fragments d’endomètre se développent hors de l’utérus (ovaires, péritoine, intestin) ; dans l’adénomyose, ils restent dans le muscle utérin, d’où son ancien nom d’« endométriose interne ». Les deux affections peuvent être associées ou non, rappelle l’Assurance Maladie.
Les symptômes évocateurs : douleurs pelviennes et règles abondantes
Deux symptômes dominent : des ménorragies (règles abondantes et prolongées) et des douleurs pelviennes, qui altèrent la qualité de vie. Mais, selon la même revue du CMAJ, jusqu’à 30 % des patientes atteintes d’adénomyose n’ont aucun symptôme. Hormono-dépendante, l’adénomyose régresse en général après la ménopause, et ses symptômes avec elle.
02Le rôle de l’échographie pelvienne dans le diagnostic de l’adénomyose
Pourquoi l’échographie est l’examen de première intention
Non invasive, sans rayons X, réalisée en consultation, elle explore la paroi et la cavité utérines en temps réel. Les recommandations HAS-CNGOF de 2017 la placent, avec l’examen clinique, en première intention devant des douleurs pelviennes évocatrices d’endométriose.
Échographie pelvienne par voie abdominale ou endovaginale
L’échographie pelvienne combine deux temps : la voie abdominale, vessie pleine, pour une vue d’ensemble ; la voie endovaginale, sonde fine que le médecin introduit dans le vagin, au contact de l’utérus. C’est elle qui analyse finement la paroi musculaire : la HAS la juge plus précise.
Les signes échographiques caractéristiques de l’adénomyose
Les signes que le médecin recherche sont ceux du groupe MUSA (Morphological Uterus Sonographic Assessment), repris par la HAS en 2025 :
- Signes directs : kystes du myomètre, îlots hyperéchogènes (plus clairs que le muscle voisin), lignes ou nodules hyperéchogènes sous l’endomètre.
- Signes indirects : utérus globuleux, parois asymétriques, ombres en éventail, zone jonctionnelle irrégulière ou interrompue, vascularisation traversant la lésion au Doppler (le mode qui cartographie les vaisseaux).
Un signe direct ou plusieurs signes indirects suffisent, selon la HAS, en précisant la forme, focale ou diffuse.
03Comment se déroule une échographie pour détecter l’adénomyose ?
Préparation avant l’examen échographique
Pour le temps abdominal, le site ameli.fr recommande de boire au moins 4 verres d’eau une heure avant et de ne pas uriner pendant les 3 heures précédentes : une vessie pleine écarte les intestins et sert de fenêtre acoustique ; on la vide ensuite pour la voie endovaginale.
Déroulement de l’échographie pelvienne
Patiente allongée, gel sur le bas-ventre : le médecin balaie l’utérus et les ovaires par voie abdominale. Vient ensuite la sonde endovaginale, sous gaine à usage unique. Le Doppler, recommandé par la HAS, complète l’exploration.
Durée et résultats de l’examen
Comptez une trentaine de minutes, la durée de l’examen retenue par l’Assurance Maladie pour une échographie abdomino-pelvienne. Le médecin interprète les images en direct et remet le compte rendu le jour même.
04Les autres examens d’imagerie complémentaires
L’IRM pelvienne pour confirmer le diagnostic
L’IRM visualise la zone jonctionnelle, couche interne du muscle utérin, épaissie dans l’adénomyose. D’après la HAS (2025), sa sensibilité atteint 88 à 93 %, mais sa spécificité plus variable (67 à 91 %) doit rendre vigilant au risque de surdiagnostic. À l’inverse, elle peut aussi la manquer : un tiers des adénomyoses ont une zone jonctionnelle normale.
Imagerie par résonance magnétique : quand est-elle nécessaire ?
L’imagerie par résonance magnétique n’est pas systématique. Pour le bilan d’endométriose, la HAS la recommande en seconde intention, après une échographie endovaginale négative ou douteuse et un échec du traitement médical, ou d’emblée chez les patientes pour lesquelles la voie endovaginale n’est pas réalisable. Pour l’adénomyose elle-même, aucune recommandation ne fixe sa place : en pratique, elle sert à trancher les cas douteux.
Comparaison échographie versus IRM pour l’adénomyose
IRM ou échographie ? Une méta-analyse de 23 études (2 312 femmes) donne à l’échographie endovaginale une sensibilité de 72 % et une spécificité de 81 %, contre 77 % et 89 % pour l’IRM.
05Prise en charge et traitements de l’adénomyose
Les traitements médicamenteux : dispositif intra-utérin et hormones
Le traitement médical réduit ou suspend les saignements menstruels pour mettre au repos les foyers d’endomètre ectopique. Les recommandations HAS-CNGOF de 2017, qui n’ont pas traité l’adénomyose, retiennent en première intention pour l’endométriose douloureuse la contraception œstroprogestative ou le dispositif intra-utérin au lévonorgestrel ; d’après la revue du CMAJ (2021), ce dernier est le traitement de l’adénomyose le plus étudié. Le choix dépend aussi du désir de grossesse et de l’âge : à l’approche de la ménopause, un traitement hormonal peut suffire à attendre l’arrêt des cycles, qui met en général fin aux symptômes.
Les solutions chirurgicales : embolisation des artères utérines et hystérectomie
Quand le traitement médical ne suffit pas, l’embolisation des artères utérines, geste de radiologie interventionnelle qui bloque l’apport sanguin des lésions, est une alternative qui conserve l’utérus, mais dont l’effet sur la fertilité reste incertain : elle se discute au cas par cas avec le gynécologue, selon le projet de grossesse. L’hystérectomie, ablation de l’utérus, est le traitement radical : elle supprime les saignements, mais est irréversible.
Impact sur la fertilité et la grossesse
Les données sur l’impact de l’adénomyose sur la fertilité restent de faible niveau de preuve. Les recommandations HAS-CNGOF de 2017 notent qu’elle semble réduire les taux de grossesse en fécondation in vitro et augmenter le risque de fausses couches, une endométriose associée brouillant parfois l’analyse. Préserver la fertilité pèse donc dans le choix du traitement, en faveur des options conservatrices tant qu’un projet de grossesse existe.
06Questions fréquentes sur l’adénomyose et l’échographie
Peut-on détecter l’adénomyose lors d’une échographie de grossesse ?
Cet examen est centré sur le fœtus. Un utérus globuleux ou un myomètre hétérogène peuvent être notés, mais les remaniements de l’utérus gravide rendent l’interprétation délicate : l’adénomyose se confirme en général à distance de l’accouchement, par une échographie dédiée.
L’échographie suffit-elle pour poser le diagnostic d’adénomyose ?
Le plus souvent, oui : un signe direct ou plusieurs signes indirects MUSA, chez une patiente symptomatique, suffisent. L’examen reste opérateur-dépendant, et un résultat normal n’élimine pas une forme débutante.
Quand consulter un gynécologue spécialisé ?
Quels que soient l’âge et les antécédents, des règles abondantes ou des douleurs pelviennes qui résistent aux antalgiques, ou une difficulté à concevoir, justifient un avis médical. Le médecin traitant oriente vers un gynécologue, qui prescrit l’échographie pelvienne et coordonne la prise en charge. Après la ménopause, tout saignement impose une consultation rapide : l’adénomyose n’en est plus la cause la plus probable, et le gynécologue doit écarter une lésion de l’endomètre.
L’adénomyose peut-elle être confondue avec des fibromes utérins à l’échographie ?
Oui. Les fibromes utérins sont bien limités, contournés par les vaisseaux ; l’adénomyose diffuse est mal limitée, traversée par la vascularisation (un adénomyome, forme localisée, peut toutefois imiter un fibrome). Les deux peuvent coexister, avec un risque d’erreur accru : d’après une étude citée par la HAS, sensibilité et spécificité de l’échographie tombent alors à 50 %.
À retenir
- Tissu endométrial dans le myomètre : utérus globuleux, règles abondantes, douleurs pelviennes ; parfois aucun symptôme.
- L’échographie pelvienne endovaginale est l’examen de première intention ; le Doppler complète l’analyse.
- Critères MUSA : un signe direct (kystes, îlots hyperéchogènes) ou plusieurs signes indirects suffisent.
- IRM en seconde intention : échographie négative ou douteuse, voie endovaginale impossible ou cas complexes, fibromes associés par exemple.
- Traitement hormonal d’abord (DIU au lévonorgestrel, œstroprogestatifs) ; hystérectomie en dernier recours, hors projet de grossesse.
- Examen opérateur-dépendant : un résultat normal n’exclut pas une forme débutante.
Sources
- HAS – Actualisation de la place des différents examens d’imagerie pour le diagnostic d’endométriose, argumentaire (recommandation labellisée SIFEM, SFR, CNP Radiologie, CNGOF, mai 2025)
- CNGOF – HAS – Prise en charge de l’endométriose, recommandations pour la pratique clinique, texte des recommandations (décembre 2017)
- Champaneria R. et al. – Ultrasound scan and magnetic resonance imaging for the diagnosis of adenomyosis: systematic review comparing test accuracy, Acta Obstet Gynecol Scand 2010 (résumé DARE, NCBI Bookshelf)
- Dason E.S., Chan C., Sobel M. – Diagnostic et traitement de l’adénomyose, CMAJ 2021 (PMC8112635)
- Harmsen M.J., Van den Bosch T. et al. – Consensus on revised definitions of Morphological Uterus Sonographic Assessment (MUSA) features of adenomyosis, Ultrasound Obstet Gynecol 2022 (PMC9328356)
- Assurance Maladie (ameli.fr) – Comment se déroule une échographie abdominale ou abdomino-pelvienne ?
- Assurance Maladie (ameli.fr) – Endométriose : définition et facteurs favorisants
- Assurance Maladie (ameli.fr) – Endométriose : symptômes, diagnostic et évolution
- Photo d’illustration : « Holding a pink peony », Matthew Henry (Unsplash), licence CC0, via Wikimedia Commons
